Départ de « Barkane » et « Takuba » : conséquences d’une longue maladie diplomatique entre Paris et Bamako

Départ de « Barkane » et « Takuba » : conséquences d’une longue maladie diplomatique entre Paris et Bamako

Départ de « Barkane » et « Takuba » : conséquences d’une longue maladie diplomatique entre Paris et Bamako

Au lendemain de l’annonce du « retrait coordonnée » de la force Barkane, les forces européennes Takuba et les troupes canadiennes du Mali, le Mali a, à son tour décidé de prendre ses responsabilités en main, face à l’histoire, le 18 février dernier, en leur demandant de quitter le territoire du Mali « sans délai ». De Serval à Barkane, de celle-ci en Takuba, au-delà du changements de nom, le concept malien n’a fait état d’autant de changement notoire au plan sécuritaire. La nouvelle posture adoptée par les autorités françaises depuis les événements du 24 mai 2021 a fini, par radicaliser les autorités maliennes. À noter que cette décision du Gouvernement malien a été saluée par plus d’un.

Après neuf ans de présence militaire au Mali pour la lutte contre le terrorisme, la France et ses partenaires européens ont annoncé, dans un contexte tendu, le jeudi 17 février le retrait des opérations militaires « Barkhane » et « Takuba » en compagnie « des troupes canadiennes » pour raison de « dégradation des relations » avec les autorités maliennes. Au lendemain de cette annonce, Bamako a demandé le « retrait immédiat » des forces européennes « Takuba » et celle de Barkhane sous la supervision des Autorités maliennes. Le Président français, Emmanuel Macron, en marge de la conférence de presse du Sommet UE-UA, a rejeté cette exigence des autorités maliennes.* Depuis un laps de temps, les mots se bousculent entre Bamako et certains de ses partenaires pour se remettre en cause. De sources crédibles , une rencontre a récemment eu lieu, le 17 février à Bko , entre les autorités du pays à savoir le Ministre de La Défense Colonel Sadio Camara ainsi que le Ministre des Affaires Étrangères Abdoulaye Diop et les ambassadeurs des pays représentés dans la force forces européennes « Takuba ». À la sortie de cette rencontre, le Ministre des Affaires Etrangères, Abdoulaye Diop, a dit avoir expliqué aux diplomates européens de revoir le cadre juridique de la présence des forces Takuba au Mali.

D’après lui, il est demandé à chacun de ces partenaires qui veulent travailler dans le cadre de la coopération bilatérale qui puisse établir un cadre de dialogue bilatéral avec les autorités maliennes que le Mali reste et demeure disponible pour les échanges.

Il n’est pas sans rappeler que l’opération Serval est intervenue dans un premier temps en 2013 ayant pour mission de « détruire le terrorisme, restaurer l’autorité de l’Etat malien sur l’ensemble du territoire malien, faire appliquer les résolutions de l’ONU » avant de devenir l’Opération Barkhane en 2016, ayant pour mission « lutter contre le terrorisme, aider à faire monter l’armée malienne en puissance, intervenir en faveur de la population ». De Barkhane en Takuba , qui, regroupe les forces européennes et le Canada. Tantôt Barkhane est là pour lutter contre le terrorisme, tantôt elle n’est là que pour les axes frontaliers. Malgré cette présence massive des forces internationales, y compris la MINUSMA, des villages entiers sont ravagés, des civiles massacrés, des casernes militaires vandalisés avec une population de plus en plus traumatisée.

C’est ainsi que les autorités maliennes auraient décidé de se tourner vers des partenariats d’autres horizons dont la Russie pour la sécurité des personnes et de leurs biens. La France et ses alliés ont décrié cette nouvelle posture des autorités maliennes. La question que l’on se pose est la suivante : lorsque la case brûle, faut-il pinailler sur la qualité de l’eau pour l’éteindre ? en tout état de cause, la préoccupation essentielle des maliens de nos jours serait loin de la « sauvegarde du Bateau de la démocratie » mais bien sûr du « Bateau-Mali ».

Elles, les autorités françaises, ont leur part foncière de responsabilité dans la dégradation des relations diplomatiques entre le Mali et ses partenaires. En n’ayant pas tenu compte des réalités du pays, elles se sont fait pour souci primordial la tenue des élections à date prévue et le retour à l’ordre constitutionnel. Or selon le concept malien, la priorité est tout aussi ailleurs. Chose qui a fait monter au cran, le sentiment antipolitique française au Mali et dans la sous-région.

Il faut rappeler que le mouvement YEREWOLO était au monument de l’indépendance, le samedi 19 février 2022, pour célébrer le départ de ces forces européennes. Reste à savoir, jusqu’où et quand iront ces guéguerres diplomatiques entre le Mali et la France ?

Kémoko Diabaté

Le Coup, le 25 février 2022