Entretien Exclusif avec Diadjé DOUCOURE sur l’Ecole Malienne !

Entretien Exclusif avec Diadjé DOUCOURE sur l’Ecole Malienne !

Entretien Exclusif avec Diadjé DOUCOURE sur l’Ecole Malienne ! 

 

Face aux multiples gênes que connait aujourd’hui le monde scolaire malien, nous avons été à la rencontre d’un acteur scolaire pour en parler. Un enseignant des Lettres, Histoire et Géographie au groupe scolaire de Sébougou (ville de Ségou). Diadjé DOUCOURE est détenteur d’un diplôme de l’Institut de Formation de Maitres, 3eme promotion ‘’Ali Ba TOURE’’, niveau Bac de l’IFM de SEVARÉ en 2007 et intègre la fonction publique la même année. 

 

1-Le Coup : M. Doucouré, de nos jours, on parle de plus de la baisse conséquente du niveau des élèves, on indexe d’une part le manque de formation du personnel enseignant, la faillite du système éducatif d’autre part, et enfin, la démission des parents d’élèves, qui ou que doit-on pointé d’un doigt accusateur ? 

-M. DOUCOURE : Il y a beaucoup de facteurs qui expliquent la baisse des niveaux des élèves qui sont entre autre, la démission des parents d'élèves, le retrait de toutes les responsabilités aux enseignants et l'octroi de tous les droits aux élèves. Voyez-vous entre hier et aujourd’hui ? L’enseignant est au goût du jour entre le marteau et l’enclume où il ne peut toucher un seul cheveu d’un élève sans s’inquiéter. Aussi, la corruption, c’est dire que certains enseignants bénéficient plusieurs formations tandis que d'autres n’en bénéficient aucune. Il faut ajouter l'abandon des écoles publiques par les autorités. En dehors de l'effectif pléthore, la multiplication (anarchique) des écoles privées et l'arrêt de la formation continue des enseignants, l'inconscience professionnelle, la non vocation des enseignants sont aussi à la base. Par exemple quand un enseignant garde en tête qu’il est en classe juste pour de l’argent, il est difficile de mener sa mission à bon port. Il est nécessaire que chaque encadreur prend les apprenants qu’il a en face comme ses propres gosses. Je n’accuse nullement le système car il ne pourra rien changer tant que nous enseignants nous-mêmes ne changeons pas de pas de danse. À ne pas oublier, le « mercenariat » des enseignants publics entre les écoles publiques et les écoles privées sont aussi des raisons profondes de la baisse du niveau des apprenants. Raison pour laquelle j’ai refusé les cours privés dans des écoles privées. Certains ne se soucient guère de l’avenir des enfants dans notre monde. Ils n’ont pas l’amour du pays. 

 

2-Le Coup : l’école malienne a-t-elle besoin d’une refondation ? 

- M. DOUCOURE : il est difficile de parler de la refondation pendant que l'école reste le dernier souci de nos autorités depuis la chute du régime du Président Modibo KEITA, paix à son âme. 

 

3-Le Coup : elle est aujourd’hui dans l’impasse.

Nous-avons appris que les syndicats de la synergie de l’éducation ont déposé, le 19 novembre dernier un préavis de grève de 72 heures sur la table du Gouvernement, pouvez-vous nous rappeler les causes de cette grève ?

-M. DOUCOURE : la réaction de la synergie des syndicats explique le silence des autorités depuis l'embargo injuste, inhumain, illégal infligé contre le Mali dont les braves enseignants avaient fait une trêve comme soutien aux autorités de la transition. La cause principale c’est la non application de l'article 39 de la loi n°2018-007 du 16 janvier 2018 qui stipule que « toute majoration des rémunérations des fonctionnaires relevant du Statut général s’applique de plein droit au personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’Enseignement fondamental et de l’Education préscolaire et Spéciale ».

 

4-Le Coup : n-y-a-t-il pas eu de pourparlers durant la longue période de trêve à la date du mois de janvier 2022, date à laquelle marque le début des sanctions de la CEDEAO infligées contre le Mali ?

 -M. DOUCOURE : il y a eu des pourparlers entre le Gouvernement et la synergie mais sans issue favorable.

 

5-Le Coup : quels sont les points de blocage ?

M. DOUCOURE : l’ultime point de blocage reste toujours l'application de l'article 39 après avoir peiné pour l’avoir, donc sa saison 2. C’est le fruit d’une longue lutte. À la chute du Président feu Ibrahim Boubacar KEITA, la transition nous avais promis son application et nous avons enterré la hache (de guerre) pour un laps de temps. Ensuite, le Gouvernement se croyant malin plus que les enseignants, voulait abroger l’article. On suppose qu’il a été abrogé sous l’administration du PM Dr Choguel Kokalla MAIGA même s’il ne l’a pas été totalement. Puisque le Gouvernement, voulait que les enseignants retournent dans le statut général encore. C’est d’ailleurs pourquoi quand nos leaders ont été à la rencontre des autorités, les discussions tournaient autour des primes car on avait des primes misérables entre 3000 FCFA et 10 000 FCFA. Et que s’il fallait trouver un point d’accord autour des primes pour l’abandon de l’article 39, il fallait qu’il fût une prime somptueuse, pas en tout cas en dessous des 50 milles de nos francs, à défaut de l’appliquer intégralement, c’est-à-dire l’article. 

  

6-Le coup : quelles sont les propositions faites par l’Etat aux enseignants ?

M. DOUCOURE : aucune proposition aussi sérieuse n’a été faite par le Gouvernement parce que quelqu'un qui demande 100 000 de nos francs si vous lui dites de prendre 4000 FCFA, ne serait-elle pas une moquerie pour ne pas dire insulte ? 

 

7-Le coup : à cette allure, selon vous, l’école publique ne se tend-t-elle pas dangereusement vers sa privatisation ?  

M. DOUCOURE : s’il y avait autant de rigueur dans l’apprentissage au temps de feu PR Moussa TRAORE parce que ses enfants fréquentaient les mêmes écoles que ceux des citoyens lambda. C’est aux parents de se dresser contre les parents des élèves dont les frais d’études se prélèvent du budget national. L’école publique a été délaissée mais elle ne sera jamais totalement privatisée. Elle sera détruite et les enfants issus des familles pauvres payeront très chers les conséquences. 

 

8-Le Coup : quel appel ?

M. DOUCOURE : que chacun considère l'école publique comme son propre enfant et qu’une loi soit prise pour interdire les enfants de tous les dépositaires du pouvoir public à fréquenter les écoles privées. 

 

La Rédaction !

Le Coup, le 25 novembre 2022