Les Belles Histoires d’Afrique : Oudjeli-Makan, épisode 5

Les Belles Histoires d’Afrique : Oudjeli-Makan, épisode 5

Les Belles Histoires d’Afrique : Oudjeli-Makan, épisode 5

Nan-Kolokan ne parvint point à changer son fils d’avis. Déterminé à partir à l’aventure, sa mère lui instruisit d’informer son père. Pas par lui-même, mais par le biais de son griot :

-Djeli-Kountena, griot de mon père, je te confie une lourde tâche ce matin, dit Kécouta. Je souhaite que tu ailles demander à mon père si je suis réellement de son sang, qu’il me donne un prénom. Secundo, qu’il me donne le peu qui me revient de droit de sa richesse afin que je parte d’ici avant qu’on ne m’achève. 

Le griot courut vite vers son père et lui rapporta ce qu’il venait d’entendre du fils. Furieux, il demanda au griot de faire venir Kécouta lui-même :

-Mon griot, je souhaite que mon fils soit devant moi ici afin qu’il répète les mêmes propos car la parole a des horreurs.

Ils étaient tous présents devant la demeure de Kémo-Badra quand Kécouta prenait la parole :

-Père, j’ai dépêché votre griot Djeli-Kountena auprès de vous pour qu’on puisse me donner un prénom car l’appellation « Kécouta » ne l’est pas, dit-il à son père.

-J’en ai fait pour ma tribu, mon clan, mon père en compagnie de ma mère, mérités et non. Mais j’ai décidé tout simplement de te nommer « Kécouta ». Euh bien, toutes les femmes d’ici, tous les hommes, t’appellent « Kécouta ». Si toi et ta vielle maman sorcière n’aimez pas cela, la maison n’a pas d’enclos. Vous pouvez librement et facilement sortir de maison et partir tranquillement où vous souhaitez.

-Père, et ma seconde sollicitation ?

-Laquelle ?

-Me donner l’argent qui me convient de votre richesse avant mon départ.

-Un centime, un rond de mon argent, un gramme de mon or ne te sera offert. Mon héritage revient à Djénè-Mori et ses frères (le fils aîné de la plus jeune de ses épouses), avait-il dit en se tenant debout.

Kécouta s’adressa au griot de son père :

-Cher père Djeli-Kountena, dis à mon père de m’accorder un instant. A partir de ce jour, je me nomme « Oudjeli-Makan », l’homonyme du père de ma mère Nan-Kolokan.

En manding, c’est-à-dire en langue Malinké, le ton de l’appellation « Oudjeli-Makan » produit un son approximatif à « Wuludjeli-Makan » (Wulu signifie chien). Les enfants de ses marâtres, ses frères et sœurs consanguins, avaient repris cette déformation de son prénom pour animer leur causerie de moquerie.

Sa mère prit sa défense. D’après la tradition, votre mère vous aimera toujours quels que soient vos défauts, votre sœur vous aimera toujours quels que soient vos défauts, votre fille vous aimera toujours quels que soient vos défauts. Si vous voulez déplaire à une femme, venez lui parler des défauts de son enfant même si elle les sait vrais ; votre sœur est prête des derniers de sacrifices de soi pour vous voir heureux et votre fille ne vous trahira jamais.

A vendredi prochain !...

Historien du Journal

Le Coup, le 07 janvier 2022