Hier camps militaires, aujourd'hui camps de veuvages

Hier camps militaires, aujourd'hui camps de veuvages

Chronique de Krymo
Hier camps militaires, aujourd'hui camps de veuvages

Avant elles dormaient avec l'esprit tranquille, loin de leurs maris partis pour la défense de la nation au front parce que tôt ou tard, ceux-ci revenaient saints et saufs. Ces périodes passées donnaient l'envie aux femmes de se marier aux soldats. Plus qu'une joie, c'était une fierté.
On pouvait voir les filles se battre pour avoir l'aval d'un porteur de tenue. Même au quartier, il était difficile de concurrencer ne serait ce qu'un soldat de premier classe, ils ravageaient tout sur leurs passage, se mariaient aux plus belles filles.
Les femmes n'étaient pas les seules à être heureuses, leurs parents, c'est à dire les beaux pères de militaires l'étaient aussi parce que c'était un honneur de donner sa fille en mariage à un brave, un défenseur de la république.
Quant aux enfants, tous voulaient être fils ou filles de " sôrasi". On pouvait faire des années sans voir de veuves de militaires,
Malheureusement, c'est tout à fait le contraire aujourd'hui. Les temps ont changé.
Les camps militaires sont transformés en camps de veuvage, d'orphelinats. Leurs maris vont au front et ne reviennent plus jamais. Chaque jour, de nouveaux morts qui donnent naissance directement à de nouvelles veuves, à de nouveaux orphelins. C'est triste, tellement triste qu'aujourd'hui le doute plane, on se demande si à la longue nos vaillants soldats n'auront pas du mal à avoir une femme à marier pas parce qu'ils ne répondent pas aux critères d'époux viables.
Mais parce que les filles commencent à avoir peur d'être veuves le lendemain de leurs mariages, elles ont peur de vivre le calvaire que vivent aujourd'hui les veuves des militaires tombés sur le champs d'honneur.
C'est tristes mais la réalité nous oblige à parler. Des centaines de veuves de militaires pullulent nos rues entre les épines de la souffrance. Qui va les sauver ? Qui viendra en aide à ces femmes dont les maris ont donné leur vies en sauvant la nation ? Qui viendra sécher les larmes de ces mamans devenues aujourd'hui pour la plupart des femmes seules, seules à élever leurs enfants, seules à subvenir à leurs besoins, il faut payer le loyer pour ne pas être jetée dehors, il faut payer l'école des enfants. Elles ne dorment presque pas, toujours sur leurs pieds pour ne pas mourir de faim.
" Mon mari est mort au front, deux mois plus tard, on m'a forcé à libérer la maison du camp militaire sans me montrer où partir". " Mon époux est tombé sur le champs d'honneur, l'État avait pris l'engagement de nous aider mais jusqu'à aujourd'hui, rien. Mes deux enfants qui partaient à l'école ne vont plus parce-que sans mentir, c'est dur pour moi. Les autorités ne savent même pas si j'existe." " je me suis mariée le mois passé, après le mariage je n’ai plus revu jusqu'au jour où j'ai appris sa mort sur les réseaux sociaux. Le problème ici au Mali est qu'il est difficile pour une veuve de se remarier. On te traite de " téré djugu ", une porte-malheur."
C'est vraiment inquiétant, il faut que des solutions soient vite trouvées à ces morts en cascades de soldats sinon avec l'allure que prend cette guerre, il sera difficile d'avoir des filles dans les années à venir qui seront vraiment prêtes à dire " OUI" à un militaire devant le maire. Et si cela arrivait, ça sera au tour des militaires, aux jeunes de refuser d'être militaire, d'aller au front. Conséquence, le Mali restera sans défense militaire. Alors chères autorités le fer est actuellement chaud et posé sur l'enclume, c'est le moment de le battre.

À vendredi prochain.
Farafina Krymo

Journal Le Coup