Conférence de Moscou sur la sécurité internationale : le monde vers un changement inévitable de l’ordre actuel !
Présent en Russie en marge de la 11ᵉ Conférence de Moscou sur la sécurité internationale, le patron de la grande muette, le Col. Sadio Camara n’est pas allé le dos de la cuillère. Il a soulevé plusieurs points saillants des défis sécuritaires auxquels le Sahel est confronté et dont les responsabilités sont partagées.
S’est tenue à Moscou mi-aout 2023 la 11ᵉ Conférence de Moscou sur la sécurité internationale. Cette conférence qui a réuni 35 pays « amis » à la Russie s’est particulièrement penchée sur les problèmes de stabilité globale et régionale. Ainsi que sur différents aspects de la sécurité en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Europe. Elle a traité, avec des analyses et des études, les multiples défis sécuritaires auxquels le monde fait face aujourd’hui. Notamment à l’ombre de la recrudescence des menaces et des risques engendrés par les situations d’insécurité qui caractérisent certaines régions dans le monde. Des solutions possibles et des mesures à entreprendre ont été abordées afin d’y faire face, en coordination avec les différents acteurs internationaux.
« C’est une responsabilité générationnelle », c’est en ces termes que le Ministre malien de la Défense a conclu son intervention, parlant de l’importance de changer l’ordre déstabilisateur et prédateur mondial prôné par l’Occident.
« L’erreur n’est ni à la victimisation, ni au fatalisme… »
Parlant de la responsabilité des chefs d’États africains dans les crises multiformes qui sévissent le continent, le Colonel Camara n’est pas allé le dos de la cuillère. Il a invité les gouvernants à reconnaître les problèmes internes de gouvernance. « Les jeunesses africaines se sentent marginalisées par des dirigeants qui ne le ressentent pas, qui ne vivent pas comme eux, qui ne comprennent ni leurs problèmes ni leurs aspirations », a-t-il esquissé. Selon lui, la politique publique mise en œuvre ne correspond pas aux besoins des peuples. Les élites sont en décalage croissant avec ce qu’elles sont censées représenter. Les fossés se creusent de jour en jour et les inégalités s’approfondissent en continu.
« L’inclusion des organisations régionales, incapables de trouver des solutions, mais propres à condamner, menacer, sanctionner, voire attaquer militairement les peuples libres, engendre la création de nouvelles formes d’alliances basées sur la perception d’une communauté de destin, et prête à se structurer et concurrencer l’architecture existante », explique-t-il.
Il ajoute que ce décalage s’explique par le fonctionnement des jeunes États africains, qui est encore marqué par l’héritage d’une sombre période d’humiliation et de domination étrangère. « La barbarie des siècles d’esclavage et de colonisation et la perfidie des postures universalistes de la période néocoloniale actuelle ont laissé des traces » a-t-il avancé. Sous prétexte de politiques libérales d’ajustement structurel, les systèmes éducatifs africains ont été détruits et les systèmes de sécurité ont été désarmés par l’ancien maitre [France], désormais reconverti en partenaire stratégique. Toujours disposé à donner des leçons d’humanité, il s’appuie sur des leaders qu’il manipule pour ses intérêts, souvent liés à « l’exploitation des ressources naturelles ». Cette pratique mafieuse place la France, selon lui, au rang des pompiers pyromanes comme le cas libyen en 2011.
La stratégie mise en œuvre au Sahel place le Mali au premier rang des victimes sous le regard de certains voisins. Pour autant, « l’erreur n’est ni à la victimisation, ni au fatalisme », espère-t-il. Il s’agirait plutôt de faire un diagnostic éclairé et l’issue des raisons de l’échec des stratégies actuelles. Néanmoins, il serait plus que difficile de franchir les obstacles en rang dispersé. Surtout quand les stratégies politiques et sécuritaires sont souvent imposées de l’extérieur
Plus loin, un accent majeur doit être placé sur le mode de financement des institutions régionales et sous régionales.
Changer l’ordre déstabilisateur et prédateur ?
De nos jours, il est clair que le monde est en pleine mutation, marqué par la remise en cause progressive des règles qui ont prévalu dans la conduite des relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Maintenant, le plus important est de se demander ce qui peut être fait pour changer l’ordre déstabilisateur et prédateur qui entretient cette situation défavorable aux intérêts des Africains », s’est interrogé le Colonel Sadio Camara
Ainsi, les médias traditionnels et les médias sociaux sont devenus des incontournables pour une prise de conscience collective. « Les peuples africains […] sont désormais conscients de leurs forces et de leurs atouts face à la domination et l’injustice », a-t-il lancé à la hussarde, indiquant qu’il revient aux États d’en faire autant pour que l’Afrique occupe sa place sur la scène mondiale. La seule solution pour les Africains est de faire une politique réellement africaine, concertée, fondée sur les réalités et les besoins des peuples africains. Cela demande d’avoir le courage de défendre ses intérêts, surtout lorsque ceux-ci sont opposés aux intérêts des puissances extérieures à l’Afrique.
Tel a été le choix opéré par le Mali après avoir fait le constat réaliste de l’échec des stratégies [militaires] imposées. Même si ledit choix est jugé inquiétant pour une certaine classe dirigeante mondiale.
Rapprochement Pyongyang Kremlin
Au cours de ladite Conférence, la Russie et la Corée du Nord ont prôné une coopération accrue, notamment dans le domaine de la défense. Il s'agit d'une nouvelle illustration du rapprochement entre ces deux ennemis des États-Unis depuis le début de l'offensive du Kremlin en Ukraine. Depuis le lancement de son opération spéciale, la Russie a opéré un rapprochement avec Pyongyang, allié de l'URSS pendant la guerre froide. Celui-ci a été illustré par la visite en Corée du Nord, fin juillet, du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, qui a qualifié ce pays de "partenaire important".
Dans la matinée du mardi 15 aout, Vladimir Poutine a été le premier à aller dans ce sens, dans un message de félicitations adressé au dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à l'occasion du jour de la Libération, célébrant, en Corée du Nord comme en Corée du Sud, la fin du règne colonial japonais en 1945. "Je suis convaincu que nous allons continuer à renforcer la coopération bilatérale dans tous les domaines pour le bien de nos peuples et dans l'intérêt de renforcer la stabilité et la sécurité sur la péninsule coréenne et dans la région de l'Asie du Nord-Est en général", a-t-il déclaré, selon un communiqué du Kremlin. Un message qui a tout de go été qualifié par Washington comme une violation des résolutions de l'ONU.
Kim Jong-un a, lui, "souligné la nécessité de continuer le développement de la coopération stratégique et tactique entre les deux pays dans le domaine de la sécurité et de la défense", selon un message du ministre de la Défense. En réaction, les États-Unis ont affirmé que la Russie serait en violation de résolutions de l'ONU si elle concluait un accord sur les armes avec la Corée du Nord. Aussi, le pays de l’Oncle Sam suspecte Moscou de chercher à s'approvisionner en armes auprès de son allié nord-coréen.
« Préservation de la sécurité internationale… »
L’Algérie s’est dit convaincue qu’il serait temps pour la communauté internationale de prendre conscience de l’importance de la préservation de la sécurité internationale. À travers la prise en charge sérieuse des causes génératrices de crises, qui alimentent l’instabilité ainsi que l’insécurité internationale et régionale. « Cela passe obligatoirement par le respect de la légalité internationale, ainsi que l’apport de l’aide et du soutien nécessaires aux pays africains, pour leur permettre de développer, eux-mêmes, des solutions inclusives et de prendre en charge les problèmes du continent, de manière souveraine et loin de toute ingérence étrangère ou de tentatives de déstabilisation », a souligné le Général d’Armée Saïd CHANEGRIHA, Chef d’État-major de l’Armée Nationale Populaire d’Algérie.
Il a par ailleurs signalé que l’Algérie aspire, à travers la participation à cette conférence, à jeter les ponts du dialogue constructif et fructueux et à consacrer une entente commune et multidisciplinaire.
Kémoko Diabaté