Mali-Transition : un cas d'école ?
Tout est parti d'un 18 Août 2020. Après plusieurs mois de contestation au régime d'Ibrahim Boubacar Keïta avec ses lots de morts, de blessés et de tsunami économique pour les ressources du pays, une lutte menée par le puissant mouvement hétéroclite (M-5 RFP) lui en aura raison. De la tête de l'ancien Premier ministre Dr Boubou Cissé a celle du Président de la République. Ce qui fut propice à l'arrivée des militaires au pouvoir.
Le processus démocratique interrompu. Le peuple crie à la victoire, le M-5 joue au héros, le monde suit des yeux. Escarmouche : une guerre de légitimité s'installe entre les contestataires au régime déchu d'une part et l'ex-CNSP d'autre part. Une mise qui sera emportée par le dernier. Une marche vers l'inédit puisqu'on ne juge pas l'oiseau par le bruit qu'il fait avant de se poser.
''Les vieux arbres font beaucoup de bruits avant de tomber tandis que les jeunes arbres poussent en silence' ', disait l'homme politique burkinabè, Laurent Kilassi Bado, fondateur du Parti National pour la renaissance.
A la suite de la formation des organes transitoires civilo-militaires , tout allait bien avec l'espoir d'un retour prompt à l'ordre constitutionnel jusque dans la nuit du 24 au 25 mai 2021 où le PRT Bah N'Daw et son Premier ministre seront évincés par un autre coup d'Etat mené une énième fois par le Colonel Assimi Goïta et ses frères d'armes. Fruit d'une mauvaise cohabitation civil et militaire.
Retour à la case du départ
Entre doute et interrogation, les autorités mises en place à cet effet s'engagent dans une course pour, pourrait-on dire : briser les chaînes, à l'armement mais surtout de lutte contre la corruption, source d'hémorragie financière.
De Bamako à l'hexagone, du Niger en passant par la ville malienne de Kidal jusqu'à la tribune des Nations Unies, la bataille de communication s'annonce rude. Des diplomates déclarés personna non grata. Paris poussé vers la sortie comme conséquence d'une longue maladie diplomatique. L'armée s'équipe davantage avec l'acquisition des hélicoptères et des drones de combat. Pour la justice, des procédures judiciaires pendantes dont les résultats restent encore à désirer. Une transition n'a pas à volonté de tout régler, mais lorsqu'on est un Gouvernement (intelligent) , on donne de l'espoir au peuple. C'est ce qu'elle, la Transition, aurait sans doute compris d'où ce terroir de séduction du peuple.
Jusqu'où et quand ?
N'est-il pas si laborieux de répondre à cette problématique, à savoir d'où est-ce qu'elle veut embarquer les Maliens, mais surtout pour quelle destination ?
Lorsqu'il y a lieu faire une étude rétrospective à d'autres prises de pouvoir militaires comme le cas Amadou Aya Sanogo et Cie qui, face aux pressions endogènes et exogènes, ont fini par céder le pouvoir, le doute plane. Car, nombreux d'entre eux se verront arrêtés et emprisonnés pendant la quasi totalité sous le magistère d'IBK. Parallèlement, le cas Dadis et co-acusés à barre au goût du jour en Guinée-Conakry dans l'affaire du 28 septembre 2009. Des exemples qui sont entre autres une parfaite illustration d'une crise de confiance entre militaires et politiques. Et notamment que le modus operandi des politiques en laisse plus d’un perplexe pour un grand nombre de l'opinion.
Par ailleurs, les autorités actuelles, dès leur installation, ont fait leur cheval de bataille la lutte contre le terrorisme. Ce qui fait qu'à ce jour, le dogme a changé. D'où la renaissance d'étonnant confiance dans le cœur de nombreuses gens. Sentiment collectif de sécurité.
De l'achat d'armes et hélicoptères de combat en passant par les stratégies de harcèlement des terroristes, ont-elles franchi un pas majeur même si des citoyens s'interrogent sur les chiffres d'achat des armements qui restent jusqu'à ces temps qui courent secrets.
À tort ou à raison, les uns les autres ont sans aucun doute encore le douloureux souvenir de la loi des programmations militaires qui s'élevait comme qui dirait à mille milliards de nos francs, et qui, se seraient volatilisés dans la nature sous le régime d'IBK. Un épisode qui a choqué tout le pays.
Comme de raison, les dignitaires actuels restent dans le petit panier de la population. Pour l'opinion, c'est le résultat qui compte et non les diplômes, car les anciens empereurs et rois n'en avaient pas. Quand un médiocre écrase un mauvais, on ne demande pas son niveau d'études. Il est applaudi.
Retour à l'ordre constitutionnel
Nonobstant cette hausse de popularité, les pressions s'accentuent à l'échelle nationale et internationale pour un retour à l'ordre constitutionnel.
Hormis qu'à l'état actuel des choses, le pays n'est en odeur de sainteté avec les bailleurs qui, jadis, apportaient leurs prières de soutiens pour l'organisation du scrutin (notamment présidentiel), sans oublier les difficultés liées à la mise à jour des cartes d'identité biométriques. Celles-ci constituent des indices que la tenue des échéances électorales prochaines à date prévue reste tout de même dubitative. Approbation de l'opinion, pressions de tous azimuts et l'anxiété des tenants du pouvoir après leur départ.
Un cas d'école ?
En dehors des frontières maliennes, le sentiment antipolitique français anime les débats. L'hégémonie française mais surtout occidentale en accrue descendance.
Après la Guinée-Conakry le 5 septembre 2021, le Burkina Faso suit le sillage le 31 janvier 2022 à mots couverts selon les militaires sous l'égide de Paul Henri Sandaogo Damiba: '' quarante pourcents (40%) du pays occupé en compagnie de la situation humanitaire et sécuritaire alarmant''. Le chef de la junte Paul Henri Sandaogo Damba se donne comme tâche la réconciliation des filles et fils au pays des hommes intègres en commençant par Rock Mark Christian KABORE et Blaise Comparé en exil, et qui, a d'ailleurs été condamné par contumace à la prison à perpétuité pour son rôle dans l’assassinat de son Thomas Sankara. Il va loin jusqu'à inviter ce dernier dans la capitale ouagalaise malgré cette réprobation pendant que le pays connaît un regain de violence sans précédent. Chose qui fulminera les tensions. Aussi, il y avait un large fossé entre les promesses faites au jour du putsch et l'évolution de la situation sécuritaire sur le terrain.
Renversé par un jeune Capitaine de 34 ans, Ibrahim Traoré, ce dernier multiplie les échanges avec Bamako en vue de fédérer les efforts dans la lutte contre le terrorisme aveugle qui ensanglante le Sahel.
Depuis son installation, il s'inspire du Mali dans de nombreux actes de par d'expulsion des diplomates à la suspension des médias internationaux jusqu'à son rapprochement sous manteau au Kremlin. À noter que dans la lutte contre le terrorisme, a-t-il consenti des efforts louables tout comme la Transition malienne sans oublier le départ des forces militaires françaises. La lutte contre les forces du mal, un combat à longue haleine qui ne pourrait être mené convenablement que par les États concernés avec l'appui et le soutien des voisins directs.
Le choix des partenaires stratégiques
Le monde est dans la douleur de l'accouchement d'une nouvelle société : celle inhumaine, d'œil pour œil, dent pour dent. Les relations de nos jours entre les États se règlent par des rapports de force même si le recours à la force est proscrit par le Droit international. Les faibles n'ont d'autres choix que de se rallier derrière ceux qui, à leurs yeux, semblent forts, crédibles et sincères. C'est dire qu'ils sont obligés de suivre à la lettre soit de l'Occident ou de la Russie.
Dans la conjoncture actuelle des choses, pour le cas malien, entre extrémisme violent et une rébellion dormante, le choix est illico fait : le Kremlin, car pour Bamako les pays occidentaux ont sans aucun doute montré leur limite. Après près de 10 ans de présence militaire : mission accomplie ou sacrifice inutile ? La question reste en suspens. En tout état de cause, '' la charité bien ordonnée commence par soi-même'', dit-on. Ce qui laisse entendre qu'il faut penser à soi, mais aussi à ses propres efforts avant de penser aux autres.
Régime d'exception
Le Mali est à ce jour à l'image d'un rescapé ayant un pied cassé. Il se débrouille avec les moyens à bord avant son rétablissement. Ce pied cassé est à ce jour ce conflit qui nous a été imposé, un cancer qui sollicite un long traitement.
Tout bien considéré, les défis à relever restent encore herculéens, les attentes sont nombreuses sans oublier les victimes du Rassemblement des Forces patriotiques du 5 juin qui attendent toujours justice. Pour un commun vouloir de vivre ensemble et de destin commun, beaucoup plus d'un peine encore à se situer.
Ce qui est sûr et certain, nous n'avons que le Mali. Et '' quand votre père se bat avec celui du voisin, on ne cherche pas à situer le tort et la raison, on aide son père à gagner la bataille pour après demander le pourquoi'', Dr Kaly Keïta, Professeur d'enseignement supérieur.
Kémoko DIABATE
Le Coup, le 28 avril 2023