Tension Diplomatique entre Paris et Bamako : À quand l’acceptation d’une politique de rendez-vous du donner et du recevoir par l’ancienne puissance coloniale ?

Tension Diplomatique entre Paris et Bamako : À quand l’acceptation d’une politique de rendez-vous du donner et du recevoir par l’ancienne puissance coloniale ?

Tension Diplomatique entre Paris et Bamako : À quand l’acceptation d’une politique de rendez-vous du donner et du recevoir par l’ancienne puissance coloniale ?

Initialement prévue après des mois de fortes tensions diplomatiques, le Président français Emmanuel Macron devrait se rendre à Bamako le 20 décembre dernier. Après les médias français et l’Élysée, l’annonce a été faite par le Gouvernement du Mali le 15 décembre dernier à travers sa page Officielle Facebook.

Selon la déclaration du Gouvernement, cette « visite bilatérale » devrait s’inscrire dans le cadre de l'analyse de la situation sécuritaire dans le Sahel en général et singulièrement au Mali, tandis que Paris parlait du délai prévu pour la fin de la transition et la mise en garde des autorités contre toute coopération militaire avec la société de sécurité privée Russe « WAGNER ».

Depuis les évènements du 24 Mai 2021, les tensions ont toujours été au rendez-vous entre ces deux pays. À noter que les choses ne sembleraient pas marcher comme prévues entre les autorités des deux pays.

La visite a été annulée pour motif de « COVID19 » selon l’Elysée. Il restait aussi à savoir pour et dans l’intérêt de qui , le Président français aurait effectué cette visite à des autorités qu’il avait, dans un passé récent qualifié, d’illégitimes et d’illégales ?

Au menu de la rencontre, les deux hommes devraient évoquer des sujets sensibles. Mais les conditions de la visite auraient suscités des incompréhensions, puisque le Président français voulait venir en compagnie du Président en exercice du G-5 Sahel, Mahatma Idriss Deby Itno et celui de la CEDEAO, le Président ghanéen, Nana Akufo ADO.

La venue de ces deux présidents en sa compagnie aurait été vue par l’opinion nationale et internationale comme un mini-sommet tripartite, ce qui pourrait mettre Emmanuel Macron en position de force en cette veille des élections présidentielles françaises.

Bamako pourtant favorable à cette visite selon nos sources aurait imposé cependant ses conditions, qui sont entre autres la tenue d’un tête-à-tête entre les deux chefs d’état au palais présidentiel et non à l’aéroport de Bamako sans possibilité de la tenue de conférence de presse, des échanges uniquement sur la sécurité au Mali et dans le Sahel, la non présence des présidents Ghanéen et Tchadien à cette rencontre avec le président français.

Au-delà de ces conditions des autorités maliennes et face au climat délétère de la campagne antipolitique française dans la sous-région, le Président Macron aurait tout de même décidé d’annuler cette rencontre tant médiatisée avec le numéro un de la junte malienne, le President de la transition, le Colonel Assimi Goita.

Il faut rappeler que cette visite avortée n’était pas la première d’Emmanuel Macron, de venir au Mali. Dans le temps, sous le Président Ibrahim Boubacar KEITA, il était venu rendre visite à ses troupes stationnées à Gao sans pourtant passer par Bamako.

Dans ce monde en quête de survie, il n’existe plus de sentiments entre les nations. Chacun vise ses intérêts. Dans la capitale malienne, les avis des uns et des autres divergent sur cette venue. Si certains criaient à la fin de la diplomatie rampante, d’autres s’inquiétaient fortement pour ses effets.

La vraie victoire du Mali c’est aussi la reconquête des zones sous l’emprise terroristes pour imposer l’Etat de droit et surtout la guère médiatique. Cette grande nation n’a pas intérêt à être vue par le monde comme infréquentable. Il est légitime de préciser que plusieurs fronts s’ouvrent au Mali. Pendant que l’Allemagne menace de transférer sa mission militaire au Mali dans un autre pays si la situation sécuritaire l’impose comme indiquait la Ministre de la défense Christine Lambrecht, la CEDEAO quant à elle annonce des sanctions supplémentaires à partir de janvier 2022. Plus loin, le Président français occupera la présidence tournante ou le conseil des ministres de l’Union Européenne à partir du 1er janvier prochain pour une durée de six mois et aurait forcement une influence à des niveaux au sein de cette organisation. 

« Le métissage est l’avenir de l’homme. L’homme de demain, s’il veut rester en vie doit aller à la rencontre de l’autre, au rendez-vous de donner et du recevoir », disait l’ancien Président sénégalais Léopold Sédar Senghor. Et à l’ex Premier Ministre malien, Soumeylou Boubeye MAIGA, de dire « qu’il faut beaucoup donner pour garder peu au risque de tout perdre. »

La France face à tant de colère dans la sous-région, n’est-il pas temps pour elle de changer le dogme ? Jusqu’où ira la résistance malienne ?

Kémoko Diabaté

Le Coup, le 24 décembre 2021