Imam Mahmoud Dicko : au carrefour de l’histoire

Imam Mahmoud Dicko : au carrefour de l’histoire

Imam Mahmoud Dicko : au carrefour de l’histoire

Le parrain de l’association politico-religieuse (CMAS), l’imam Mahmoud Dicko, se trouve au cœur de l’histoire au goût du jour. Qui parle de l’histoire ne doit guère oublier ses trois temps : le moment de l’acte (bon ou mauvais), le moment de la parole (le jugement des uns et des autres après coup) et le moment de l’histoire elle-même (en bambara Dôfô en arabe Tariku). Depuis plusieurs années, l’homme se trouve sur l’arène politique sous diverses couvertures.

Après avoir été au cœur des événements qui ont conduits le départ du Président Ibrahim Boubacar KEITA, tandis qu’il avait pleinement participé à l’accession de ce dernier au pouvoir, il se trouverait aujourd’hui avec un entourage quasi vide. En tout état de cause, son influence sur la gestion de la cité est en cours de déperdition, de jour en jour. À l’en croire, au lendemain du putsch du 18 Aout 2020, l’imam abandonne ses compagnons de lutte et retourne dans sa mosquée trouvant comme excuse que celle-ci reste au Mali (ce qui signifie qu’il pourrait revenir sur la scène quand que, où que et par n’importe quelle voie), pourtant, il a reçu tous les honneurs de la part des leaders du M-5 RFP même s’ils ne parlaient pas le même langage que lui . Cela n’avait visiblement rien changé de leur respect pour lui. À l’annonce de ce retour, il y avait plusieurs lectures, est-ce c’était pour soigner l’image de son avenir politique en se débarrassant des autres politiques du mouvement ou accompagner les autorités de transition ?

Aussitôt, son gendre Issa Kaou N’DJIM, aujourd’hui membre du CNT, a proliféré des menaces d’intimidations aux autorités à ne pas confisquer la « lutte du peuple » avant de se désolidariser de la lutte du M-5. L’imam qui a été l’autorité morale du mouvement qui a fait agoniser le régime d’IBK s’est retrouvé à la table de désignation du President de transition .

Il faut préciser que le changement de régime n’avait pratiquement rien changé de la situation critique du pays. Les regards étaient dores-et-déjà tournés vers lui. Le doute avait commencé peu à peu à gagner les cœurs des uns et des autres si ses luttes sont objectives ou subjectives, au regard de son silence. La CMAS, qui aussi, créée en son nom était non seulement en contradiction avec le M-5 RFP mais aussi divisée en son sein. En face de ces choix difficiles, il est sorti de son silence, le 06 février 2021, par la voix d’un manifeste, dit « refondation » d’où il se retourne, dans certains points, contre les mêmes autorités, qui ont été établies sous sa bénédiction selon certains et lance un vibrant appel aux maliens de se retrouver autour d’un autre idéal commun dont il serait lui-même le fer de lance.

Depuis, l’Imam Dicko multiplie les sorties médiatiques et tient des propos incohérents pour beaucoup, Dicko à t’il des ambitions présidentielle ? Qu’il n’oublie pas aussi que la scène politique à ses normes et que la foule du Boulevard de l’indépendance est si différente de celle des urnes. L’arène politique a ses propres lois. C’est sur cette scène que le vrai et le faux marchent ensemble, le pieux et l’incrédule sont concubins et le mal et le pire forment un couple. À sa trempe de leader religieux, il risquerait d’inhumer le peu de sa crédibilité aux yeux des citoyens en cas de tenue des contrevérités.

Notons aussi que l’absence d’Issa Kaou N’djim a fortement impacté sur lui qui avait assuré sa communication depuis belle-lurette. Ils furent un long moment, dans une complicité parfaite, ils étaient parvenus à mettre le commun des mortels maliens sous un type d’anesthésie (la stratégie d’un ancien d’Europe : « le Roi et le Fou ». Le roi décidait et communiquait par la voix d’un conseiller déguisé en fou. Si la population était contente de la décision, il l’exécutait et si elle en voulait, il n’en souffrait pas avec trop de rigueur et se démarquait tout de même des propos du fou). L’imam Mahmoud DICKO et son porte parole n’utilisaient pas la même stratégie ? L’habitude étant une seconde nature, tout finit par se savoir. Le sieur N’DJIM est dans un élan de soutien farouche pour la transition dont ses dignitaires s’en vont de jours en jours en perte de popularité, celà n’est t’il pas une raison de divorce entre lui et son beau père ? Peut-on croire que pour se doter d’une nouvelle crédibilité en profitant de la souffrance du peuple et surtout pour avoir la confiance des frustrés conçus par les autorités de transition , il était nécessaire de sacrifier son porte-parole (l’inflexible), au profit de sa propre crédibilité après plusieurs années de collaborations ? Il n’est pas sans rappeler que rien ne marcherait plus entre les deux, loin de leurs relations personnelles, pas en tout cas sur la scène politique. Sa fille Fatoumata Dicko, qui est aussi l’épouse de son non moins ancien porte-parole, se dresse aux côtés de son époux sans jambage. Plus loin, ne doit-on pas se questionner sur ce qui l’aurait mis à dos à la transition aussi juste à quelques mois de sa mise en place effective ?

Il ne devait point abandonner ses pairs au lendemain du putsch . Ensemble, devaient-ils aller pour réaliser le rêve du « Nouveau-Mali » qu’on a fait croire aux martyrs. L’émotion ne construit pas un pays. Il n'y a pas mille façons de gouverner. Quand-est-ce que l’homme cessera de défaire ses propres rois dans un royaume aussi fragile comme le Mali ? Pourrait-on dire que sa révolution est à son point apogée ?

Le temps nous dira davantage !

Bakary Traoré

Le Coup, le 05 mars 2021